Dazikoi ?

Dazibao, littéralement "journal à grands caractères". C'est en Chine que ces affiches manuscrites virent le jour, d'abord sur les murs de Pékin, avant de gagner les provinces. Il s'agissait d'un média illégal qui véhiculait l'information qui n'était pas tombée sous les ciseaux des censeurs. Il faut croire que le Grand Timonier n'était pas un homme de lettres, encore moins un défenseur de la presse libre : dès 1979 les dazibaos disparurent des murs de la Chine communiste. Dazipabo....
Aujourd'hui, le dazibao désigne tous types de publications non-officielles, fanzines, radios libres, pirates, tribunes libres etc. C'est l'ancêtre du blog.
Alors, pourquoi dazibaoter en plein milieu des bloggeurs ? C'est quoi l'idée de ce truc ? Je ne suis pas chinois et n'ai ni révolution culturelle à proposer, ni scoops alléchants à vous révéler.
Comme son nom l'indique, My own private Dazibao, c'est mon blog privé à moi, un dazibao qui s'affiche sur les murs virtuels du Net, bref rien de révolutionnaire, mes Petits Pères. Sauf qu'ici, vous pourrez imprimer les chroniques de votre choix afin de les faire circuler ou les afficher où bon vous semble (sans dénaturer le paysage urbain et en respectant la loi sur l'affichage, s'il vous plaît...). En résumé, c'est un blog qui prend l'air et retourne dans la rue, juste retour des choses. Et puis, avouons-le, il est bien plus simple de coller du papier qu'un écran sur les murs.
Voilà pour la petite histoire, qui ne fait que commencer.


Chroniques de guerres... quotidiennes

S'entasser comme des sardines dans le métro, faire la queue une heure à la Poste, deux heures à la CAF, trois aux Assedics, une matinée à l'ANPE, se faire balader par les différents service de la mairie, se faire bousculer dans le bus, piquer sa place à la cantine, aboyer dessus par des chiens de dix centimètres sous le regards attendris de mamies, marcher dans leurs productions fécales, se faire jeter des cailloux sur la tête et engueuler au moins une fois par jour... C'est sûr, le quotidien tue. Les villes sont de grands champs de bataille, le théâtre de nos petites guerres quotidiennes, parfois dramatiques, souvent rigolotes, toujours ridicules. Parce que c'est jamais de sa faute. Et parce que les autres est un con. Malgré tous les risques, je suis donc allé sur le terrain, enquêter en première ligne - près de chez vous en fait - afin d'en ramener les témoignages les plus poignants, les images les plus sanglantes et la connerie la plus crasse qui nous entoure. Chroniques de guerres... quotidiennes.
Jeudi 13 mars 2008
   Comme tous les dimanches, je me fait chier. Je regarde la journée passer, la boule au ventre, jusqu'au moment de me coucher. Car lundi, y a école. Enfin, le boulot. Alors, histoire de reculer le plus possible le passage à la guillotine, j'égrène les heures, je m'emmerde le plus possible pour que ça ne passe pas vite.    Ça marche, tous les dimanches, je me fais bien chier. Je pourrais faire plein de trucs, voire m'amuser, mais du coup je ne verrai pas passer la journée et je me retrouverai au lit en flippant que c'est déjà fini, et que demain je retourne en classe. Enfin, au boulot. Du coup, j'ai tranché : mieux vaut s'emmerder durant un long dimanche que s'éclater et se réveiller au bureau. Dehors, il m'arrive de croiser des inconscients qui semblent prendre du plaisir à flâner : savent-ils qu'ils sont à deux doigts du lundi ? J'imagine que s'ils le savaient, ils péfèreraient rentrer chez eux et arrêter cette salope d'horloge qui se marre de plus en plus fort au fil des heures. L'hiver, c'est carrément l'horreur, la journée se limite à une poignée de minutes, le soleil fait la grasse matinée et à seize heure c'est déjà merdique monday. Le dimanche me fait penser à ces gens qui lisent le journal dans l'avion, cool, décontractés malgré les turbulences, mais qui ne tournent jamais les pages de leur canard, paralysés par la peur. Moi, c'est le dimanche que je suis en mode pause : immobile au milieu d'une journée qui défile plus vite qu'un Mirage.
   Comme tous les gamins de la terre, du moins scolarisés, j'attends un miracle : l'école qui a crâmé, le prof de maths qui tombe malade, une bonne angine qui me clouerait au lit, une grève des transports en commun, un peu de pitié de ma maman qui me ferait un mot d'absence. Après tout, s'il y a bien un jour où les miracles peuvent arriver, c'est bien le jour du seigneur. Faut croire que son dimanche à lui est tout aussi merdique, car il ne m'arrive pas souvent de sécher la rentrée.
par Ben
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Jeudi 13 mars 2008
La chirurgie plastique, j'ai toujours pensé que ça n'existait que dans les magazines people... jusqu'à ce que j'y ai recours. Un coup de feutre sur la figure, deux, trois coups de scalpel et quelques points de suture après, me voilà en couverture à côté des rombières "botoxés" et des mamies siliconées. Je change de monde et intègre le club dé(b)ridé des poupées sans âge, qui ne peuvent plus rigoler de peur de tout faire péter. Je me dis qu'il y a pire : on parlera Botox et changement de bonnet autour d'une Vittel sirotée à la paille, on applaudira (enfin, pas trop fort) les progrès de la chirurgie réparatrice (ah, quel bonheur d'avoir un docteur qui bricole !), l'ouverture des cliniques pour chiens, afin de remodeler le museau de Princesse ou de raccourcir les teckels, histoire de les faire tenir dans un Kinder. Et puis, on gueulera un bon coup contre cette société qui se laisse aller et s'enlaidit sans lutter. Merde, aujourd'hui, un petit gommage de rides, c'est torché le temps de boire son thé. Bref, avec les Botox Babies, on se fera des réunions Tupperware - ben oui, on reste dans le plastique - et on se montrera nos cicatrices. Avec à chaque début de séance, ce leitmotiv scandé les yeux grands plissés : "le bonheur, c'est simple comme un coup de scalpel".
   C'est avec ces images de Beverly Hills que je suis allé à ma Bloc party. Ma toute première. Ça m'a rappelé toutes les boums foireuses de mon adolescence, où je devais pourparler avec ma copine toute l'après-midi pour un malheureux tripotage de poitrine. Avec la chirurgie, au premier rendez-vous, on se retrouve à poil.
   Sans rentrer dans les détails thérapeutiques - "c'est un synonyme d'esthétique ?" me demanderont affolées mes copines de club -, je me suis fait enlever une tâche de naissance qui glandait sur mon front jusqu'au jour où elle a décidé de voir du pays. La menace Gorbatchev planait, il a fallu l'éliminer. Entre le laser du dermato et le scalpel du chirurgien - Dark Vador ou le Docteur Ross -, j'ai opté pour le plus tranchant et me suis mis à la mode américaine. Sauf que cette petite boule rouge qui me donnait des allures de sapin de Noël, je l'aimais bien ! Ok, elle faisait peur aux enfants qui n'osait pas la toucher et étonnait mes potes qui m'ont demandé durant vingt ans pourquoi j'avais toujours un bouton sur le front, mais pour moi, c'était un signe particulier que j'avais appris à aimer. Une sorte de troisième œil, rouge certes, qui permettait de nous différencier mon frère jumeau et moi au premier regard. Bref, cette tâche n'en était plus une.
   Le chirurgien m'a scalpé en dix minutes. Même pas drôle. Déjà, lors de la consultation deux semaines avant, le docteur sentait qu'il allait s'emmerder : en ouvrant son tiroir pour en sortir ses lunettes, il regarda désolé quatre, cinq boules de silicone qui gélatinaient au milieu des seringues. Sueur froide, je m'imaginais me réveiller le front tout propre, mais avec une nouvelle paire de nichons XXL, en guise de lot de consolation. Sûr que ça aurait moins dérangé que mon petit angiome frontal...
par Ben
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Jeudi 13 mars 2008
L'informatique, c'est génial... quand ça marche. Quand ça "bugue", c'est la fin du monde. On peut poser les stylos et rentrer pleurer à la maison, il n'y a plus rien à faire, c'est la cata, le chômage technique, la boîte peut fermer et
le monde s'écrouler : l'info ne circule plus. Respect pour les employés du siècle dernier qui n'avaient pas d'internet, d'intranet, de mail, de réseau, mais qui se démerdaient quand même. Ok, il y avait le téléphone et d'autres trucs poussiéreux, genre fax ou minitel, mais quand même fallait pas être pressé. Aujourd'hui, ça dépote, mais il suffit d'une coupure de réseau (ou tout simplement de courant) pour que l'on soit tous à poil. Dans les rédactions, certains dinosaures, la bougie à la main, sautent sur l'occasion pour raconter leurs histoires de desk moyenageuses, la belle épopée du fil AFP, les coups de téléphone donnés à la sténo, "le bon temps" gamin, celui des baroudeurs plein de jus, pas des blogeurs boutons et pus. Les baveux rappellent que les journalistes existaient bien avant le Net. Mouais, pour un peu, ils relanceraient un élevage de pigeons voyageurs dans le bureau du rédac' chef. On appellerait ça un desk volant, le bureau des pigistes ou des envoyés spéciaux. Ça aurait de la gueule en bas de l'article : "en direct de Bagdad, Gilles Baroud et sa volaille". Le plumitif et son plumeux. Donc, après des heures de vol et d'un dangereux ball-trap, l'oiseau-infos arriverait claqué sur l'air d'atterissage de la rédac', on retirerait le papier tout déguelasse de sa patte - il faut le savoir : en vol, un pigeon a tendance à se chier sur les pieds -, editing, maquette, avant que le piaf - payé non pas à la pige, mais à la graine - ne vienne corriger son article par quelques coups de becs sur les coquilles, et départ fissa chez l'imprimeur. Des pigeons dans les canards, certains vont dire que la presse bat de l'aile, mais eux au moins n'ont jamais de problèmes de mulot. L'informatique, le pigeon s'en fout comme de sa première fiente.
Bref, elle est belle l'histoire de papy rédac', mais on préférerait qu'il nous bricole plutôt le computer.
par Ben
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Jeudi 13 mars 2008
La valise vit une révolution, elle s'est équipée de roulettes. Ok, ça ne fait pas rêver, mais ça a changé la vie de ses utilisateurs, fatigués, lassés, cassés à force de trimballer depuis des siècles leur vie dans des cubes intransportables. Porteurs, malles, valoches, sac-à-dos, de voyage, vanity, trousse, en cuir, toile, plastique, et même en carton-de Souza etc., l'homo feignatus n'a cessé d'améliorer et de miniaturiser le machin. Tout ça pour son confort. Ben oui, c'est déjà assez fatiguant comme ça les voyages, si en plus il faut tracter ses 50 kilos de slips. A défaut de voyager léger, les roulettes donnent l'impression que ça glisse, dixit les cerveaux de chez Samsonite.
La valise, aujourd'hui, on ne la porte plus, on la tire. Pire, on la traîne comme un boulet, à en croire la bonne ambiance qui règne aujourd'hui dans les gares et les aéroports. Pas facile de zigzaguer dans ces chenils high tech où les voyageurs se baladent avec leurs valises en laisse. Donner un coup de latte à l'objet équivaut à donner un coup de pied au cul de son propriétaire. Par contre, si vous vous faites rouler sur les pieds, pas d'excuse, c'est pas moi, c'est ma valise. Bah, ce n'est pas important car aujourd'hui, on transite plus vite. Surtout ne pas perdre de temps dans les transports histoire d'en profiter au maximum durant les vacances ; le temps est compté, la valise se profile.
Elle vit bien cette valise, ça roule pour elle, elle rénifle le cul de sa copine de devant, certaines se montent dessus, d'autres se rentrent dedans - la priorité connard ! Les vieilles valoches ont des poches sous les yeux et crissent des pneus, les jeunes glissent et se la pètent prêt-à-tirer Vuitton. Les valises vivent en meute et se font la malle quand un crevard de sac-à-dos radine, tout dégueu, dégoulinant de lanières rongées. L'internationale de la roulette a changé la donne et il faut bien s'y faire : le voyageur marche au pas des roulettes, le nez dans la valoche de son voisin, seul au monde au milieu de la foule. C'est dur à écrire, mais il y a plus con qu'une valise, il y a celui qui la tire.
par Ben
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Vendredi 22 février 2008
psyok.jpgJ'aime bien mon psy. J'ai l'impression que lui seul me comprend, ce qui justifie mes séances. Les séances, ce sont des moments privilégiés où le patient se pose et s'assoit sur sa vie en s'allongeant sur le divan. Se tasser pour s'élever : il s'agit d'appliquer la théorie de Darwin à l'envers. L'envers me parle beaucoup. Du coup, j'en parle à mon psy, qui lui a pour rôle de remettre tout ça à l'endroit. Ou d'un travers suffisamment stable pour me permettre de ne pas être bancal. Là, on est en plein dans le sujet...
Donc, j'ai rendez-vous avec mon psy tous les mardis, une fois par semaine (j'ai refusé d'augmenter les doses). Sauf quand il part en voyage, ou que je pars en vacances. Ou quand j'oublie la séance, ce qui arrivait régulièrement jusqu'à ce qu'il me fasse payer ces séances buissonnières. Donc, toutes les semaines, c'est le même rituel, nous avons une "date" à heure fixe, minutée, toujours au même endroit, entre quatre yeux. Il m'ouvre, je m'allonge et je m'épanche. Comme deux vieux amants. Sauf qu'il m'en coûte 30 euros la demi-heure, et là le parallèle devient plus crapoteux.
Ni homme, ni femme, le psy est une sorte d'image rassurante, affublée d'un gilet en laine, d'une barbe grisonnante de vieux sage, d'un tailleur et de jambes croisées. En parlant d'images, le mien abuse des paraboles pour tenter de me faire comprendre certaines zones obscures. Souvent, un air abruti l'incite à changer de métaphore, avant de dire carrément les choses. Oui, il arrive qu'un psy psychote. Le lui dire ne serait pas très fair-play, mais je ne paie pas pour repartir plus paumé qu'en arrivant. C'est dans ces moments de grand silence qu'on se pique d'analyser son psy, "merde, il débloque là... pourquoi il me parle de ça ?". Dans ces cas-là, j'ai une botte secrète : je lui pose des questions sur son métier d'analyste, sur lui, sur des cas compliqués - je me considère comme une récréation pour lui -, bref j'inverse les rôles. C'est en général à ce moment-là qu'il "gongue" la fin de la séance. 
par Ben
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Vendredi 22 février 2008

Dans les petites villes de province, on aime tailler le bout de gras. Scène vue un dimanche matin, chez le buraliste de Volvic, charmant bourg coincé entre les volcans d'Auvergne. La messe terminée, les habitants se retrouvent au café ou à la boulangerie pour la baguette et quelques commérages. Chez le buraliste, c'est l'affluence des grands jours, il y a même la queue pour passer à la caisse. Il faut dire qu'une mamie perturbe le rythme nonchalant mais régulier de la queue. Il est question du montant minimum pour payer en carte bleue, soit 20 euros. Malgré tous ses journaux, son Télé 7 Jours, deux timbres que le patron doit lui coller sur les enveloppes et tout un pack de gratte-gratte, la grand-mère arrive péniblement à 17 euros. Manque trois. “Trois, comment ?!” Comme elle répète qu'elle est dure de la feuille, le patron s'échine à lui détailler la somme ; elle sort son sablier et picore deux-trois merdes pour gonfler la note. Un gratte-gratte par ci, manque deux, un Millionnaire par là, manque un, et euh...
un morpion à un euro. Bingo, 20 euros ! Tout le monde est content, le patron prépare la petite pochette ; dans la queue, les sourires sont revenus, on attend la chute de mamie Keno.
- Non, parce qu'en général, c'est à partir de 15 euros...
La bombe est lâchée.
- Chacun fait ce qu'il veut, réplique le buraliste qui s'attendait à une vacherie, sans décoller le nez de sa caisse.
- Je posais une question monsieur, parce que certains commerçants sont à 15 euros, c'est plus facile pour les gens...
- Oui, mais ici, c'est 20 euros, c'est marqué sur la caisse !
- Si on peut plus poser de questions...
Le joyeux ping-pong dure deux trois minutes, et rapidement, c'est la contagion : dans la queue, une grand-mère vient à la rescousse de Mamie Visa contre le voleur de retraite, tandis que des messieurs leur tombent dessus pour qu'elles aillent jacter ailleurs. Les volcans se sont réveillés. Finalement, ça se calme et chacun retourne chez soi, non sans rouspéter. Mamie Danielle, elle, est déjà dehors et snobe le distributeur de billets, avant de s'attaquer au boucher.


par Ben
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Vendredi 22 février 2008
nuitok.jpgOu bouclage. C'est un synonyme dans le journalisme. Le bouclage se passe donc de nuit : quand vous dormez, nous bouclons ; quand, dans la journée, vous travaillez, nous bouclons. Bien obligés ! car nous devons respecter la "dead line", une sorte de rendez-vous macabre avec l'imprimeur. En cas de retard, c'est la mort promise. Dans les faits, les retards sont coutumiers, ce qui entraîne celui de l'imprimeur, qui à son tour, se fait flinguer par les NMPP, qui répercutent le délai mortel dans la distribution des magazines... Qui arrivent finalement avec trois jours de retard dans les kiosques. Emmerdant pour un quotidien... Je doute que les lecteurs de notre magazine trimestriel s'en rendent compte. Retard ou pas, la nuit, nous courons derrière le temps, martelons nos claviers, martyrisons nos mulots, le tout avec la "dead line" en ligne de mire et la bonne humeur communicative des gens qui ont des cernes jusqu'au pied. Petites boîtes, petits staffs, petites nuits.
Dans ma rédaction, nous passons notre vie à boucler, conformément à la définition de la boucle. Du coup, le fondement des heures sup' a explosé, laissant la place à ces nocturnes exceptionnelles, qui se sont finalement banalisées. L'avantage est évident : nous n'avons pas besoin de compter nos heures sup', ce qui réclame quelques notions de mathématiques et d'âpres négociations entre les syndicats - quand ils existent - et le patronat. Pour les insomniaques ou les célibataires, la nocturne permet également d'avoir un semblant de vie sociale. Autre avantage : la boîte est vide, ce qui vous laisse la possibilité de taper un foot avec la poubelle du collègue, de gueuler des horreurs en toute impunité ou de surfer sur les sites de cul au frais du boss.
Selon l'adage, la nuit tous les chats sont gris. C'est vrai, le "nocturneux" n'a pas meilleur teint. Mais au moins, il rentrera dormir la consience tranquille. C'est peut-être pour tout cela, qu'entre collègues, on ne dit pas "travailler de nuit", mais "se faire une petite nocturne". Comme s'il s'agissait d'une virée sympathique entre potes. Ok, la nocturne n'est pas vraiment désagréable, on n'a pas l'impression de bosser, ou alors de manière plus détendue - c'est sûr qu'à 5h du matin, les pieds sont sur la table et les doigts dans le nez. Après minuit, les réflexions sont vaseuses, les blagues bien lourdes, les gestes au ralenti, une vague impression de flotter. Lent du bulbe, mou de partout, comme à la maison, mais au bureau. Finalement, la nocturne, c'est la maison de ceux qui n'en ont plus.
par Ben
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Vendredi 22 février 2008
Il y a deux types de mamies : celles à chats et les mamies teckel. Les premières ont fait de leur maison des chenils pour meute de félins abandonnés ; dans le voisinage on se méfie un peu de ces grand-mères, elles aussi abandonnées, qui fréquentent autant de moustachus. Les enfants, ne traînez pas vers la maison de la sorcière ! On craint le jour où on la retrouvera dévorée par ces mignons petits prédateurs, qui n'auront pas eu la patience d'attendre leur ration de whiskas.
Les secondes vivent dans nos rues. On les croise sur les trottoirs, tirées par leur teckel - je ne mets pas de pluriel, cela pourrait être dangereux pour
elles -, courant, enfin trottinant, derrière leur chien. A se demander qui est en laisse ? En réalité, chacun tire dans son sens et tente d'imposer sa volonté à l'autre à travers le choix de la balade, un peu comme quand, la nuit, on tire la couverture à soi. Mamie Teckel, elle, le fait en pleine rue. Parfois en robe de
chambre.
N.B : par teckel, je n'entends pas le pedigree mais le genre canin, une niche fourre-tout composée de tous les chiens rase-mottes et caractériels, les caniches, yorkshires etc., dont le gabarit est proche de celui du rat et les comportements calqués sur ceux des Gremlins.
On le sait, la rue est pleine de dangers, Mamie Teckel en représente un. Quand vous la croisez, changez de trottoir, sinon vous risquez la morsure du molosse des bacs à sable. Voici le mode opératoire : l'agression débute par des cris stridents du Teckel - certains parlent d'aboiements -, vous ne savez pas quelle mouche l’a piqué mais lui va bouffer le mollet. Surtout, ne donnez pas de coup de godasse à la bestiole pour vous libérer, la légitime défense, ça ne marche que dans les séries télé. Ne perdez pas non plus votre temps à demander une explication, un chien ne parle pas.
Le deuxième risque est d'ordre sanitaire, vous l'avez sûrement chopé : la merde de chien. Habitués à marcher en regardant vos pompes, vous arrivez en général à l'éviter. Mais quand de retour de vacances, vous avez appris à vous balader en levant le nez, splaaaachhhh, c'est la figure façon  Holliday on shit assurée ! Du coup, après avoir gueulé un bon coup en vous essuyant les baskets, vous reprenez la route le pif dans les godasses, et là, Boum, c'est le coup de boule dans un panneau de signalisation ou l'empalement dans une bitte de stationnement.
C'est pour éviter ce genre d'impairs qu'une loi oblige les propriétaires de chiens à ramasser les excréments de leurs tamagochis à poils. Mais dans les faits, comment voulez-vous que Mamie Teckel soit propre ? Elle doit se baisser malgré sa sciatique, puis se relever sans rester bloquée. Elle doit ensuite établir une stratégie vitale : quelle main sacrifier ? Car il faut bien lâcher soit la canne, soit la laisse, pour attraper la pépite de la princesse. Bref, plutôt que de jouer les funambules, Mamie Teckel passe son chemin l'air de rien, en rouspétant faussement sur la bestiole, "Rooohhhh quelle petite cochonne ! C'est pas bien". S'il vous prend la folie de lui faire quelque reproches, elle s'excusera en vous faisant l'inventaire de ses rhumatismes, tout en vous tendant un petit sachet plastique. Avec un petit sourire en guise de pièce...


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par Ben
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Vendredi 22 février 2008
Lune2ok.jpgPutain de voix off qui tourne en boucle dans le cerveau... "Il faut toujours écouter son intuition". C'est en général après une gaffe ou un mauvais choix que cette petite phrase pointe le bout de son nez, sournoisement. Sous couvert de vous consoler et de vous donner du cœur à l'ouvrage pour la prochaine fois, c'est une sanction qui tombe : "ça t'apprendra, blaireau..." Non seulement parce que tu as raisonné de travers, mais en plus parce que tu n'as pas eu de flair. Le "toujours" en rajoute une louche : "comment ça, tu ne le savais pas ?" Mais, ce n'est pas grave, la prochaine fois, tu écouteras ton intuition. Sauf que cette chose-là, à force de l'entendre à chaque fois qu'on se plante, de la voir planer insidieusement autour de soi, rôder autour de ses choix, elle en devient menaçante. L'intuition traîne de la voix, comme une sorcière rabougrie ou une petite vieille qui prépare une vacherie.
Ecouter son intuition, c'est prendre conscience que l'on peut faire une connerie avant même de la faire. Beaucoup sont persuadés qu'ils en sont tout près, ou que la peau de banane sur l'énorme boulevard, là, c'est forcément pour sa pomme. Un psy rétorquerait, "C'est aussi se dire que l'on va réussir". Ok, sauf que si je pensais de la sorte, je ne consulterai pas. De plus, en imaginant qu'on ait fait le bon choix, faudrait être con pour avouer que c'était au petit bonheur la chance, qu'on a simplement écouté une voix off qui disait : "Cours Forest, cours !" Bref, l'intuition, y a rien de pire. Le plus humiliant dans cette histoire de voix intérieure qui tracerait la voie - certains parlent de petit doigt, je suis mal barré les miens ne quittent jamais mes poches - c'est de penser qu'on se met soi-même dans la merde. Exemple téléphoné : "Vas-y mec, décroche le combiné, c'est certainement une bonne nouvelle !" Un emmerdeur pour le boulot...
Dix minutes plus tard, deuxième sonnerie. Encore un numéro inconnu. Là, pas con, on décroche pas. Le même numéro s'affiche, une fois, deux fois, l'intuition pointe le bout de son nez ; le gars insiste, l'intuition sifflote, salope, on tourne autour du portable, ça sonne de plus en plus fort, qui c'est putain ?, ça démange le cerveau et CLAC ! on décroche : "MERDE, QUOI ENCORE ?" Prise de tête, prise de bec. On n'entend déjà plus l'interlocuteur, mais une bande qui défile :"putain, si je m'étais écouté..."
Frère schizopathe, l'intuition est plus forte que toi, et le monde rempli de peaux de banane. 

par Ben
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Vendredi 22 février 2008
Une semaine après le Paris-Bayonne, je suis encore dans le train. Mon train-train. Un Corail cette fois. Ça n'a rien à voir. C'est une autre allure, un autre temps, un autre monde, même s'il est siglé SNCF. Avec un peu de chance, dans les couloirs, on peut encore tomber nez à nez sur l'ancien logo de l'entreprise, typo années 50, un retour aux sources du rail qui fait plaisir. On s'imagine dans les vieux trains couchette, façon Orient Express, quand la SNCF faisait office de voyagiste de luxe. A cette époque, le trajet en train était un voyage à lui seul, le coup de sifflet qui marquait le début des vacances. Donc, je suis dans une relique. A l'image de la superbe plante marine qui déserte les récifs, le Corail vit ses dernières heures, lamentablement mis à l'index au profit du top caréné et tout technologique TGV. Corail, le Cosette de la SCNF. J'ai donc de la chance de monter à son bord, d'entendre le souffle du dernier des Mohicans mécaniques, et de me taper les quatre heures de tape-cul pour faire Paris-Clermond. Clairement, je suis ailleurs. Je suis un Indien qui prend en chasse le cheval de fer pour scalper ces putains de visages pâles qui ont défoncé mes vertes prairies et fait fuir mes hamburgers de bisons. Ou alors Ronald Biggs, le dernier braqueur de tortillard, héros des temps modernes qui a largement mérité toutes les liasses et les montres piquées sur le Glascow-Londres en 1963. Je pense aussi à Jesse James, à Billy the Kid, aux Dalton, bref aux desperados façon Unlucky Luke. Au moment où je décide solennellement de me rebaptiser Lucky Ben et de monter mon possee de vilains (ami, veux-tu être mon Averel ?), je m'aperçois que dehors, le paysage défile à vitesse Corail, c'est-à-dire perceptible à l'œil humain. Les plaines, les montagnes ne sont pas des traits continus, des flèches bigarrées qui n'atteindront jamais leurs cibles, mais... des plaines et des montagnes. On peut alors regarder au loin s'il n'y a pas quelques indiens.
par Ben
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